Le projet de centre des relations franco-britanniques de Ouistreham Riva-Bella entend dépasser la dimension mémorielle pour offrir une approche scientifique et ludique sur les liens établis entre les français et les britanniques au cours du temps. Sa vocation d’équipement culturel et touristique doit participer à l’animation culturelle du territoire et devenir un outil de développement du tourisme, y compris du tourisme d’affaires.

L’emplacement retenu pour l’implantation du futur équipement est situé sur la plage. A proximité, le Bunker, témoin de l’histoire du mur de l’Atlantique. Cette implantation en articulation entre ville et océan, entre bâti et nature, doit renforcer les relations entre les différents sites présents sur le territoire communal et gérer harmonieusement les interfaces avec le voisinage direct. Au-delà de ces éléments déjà très structurants, l’échelle et la beauté du panorama maritime et dunaire domine le visiteur. Cette caractéristique rare et précieuse devra être prise en compte par le projet qui devra faire preuve à la fois d’humilité devant la nature et de présence par son identité urbaine.

« Par son échelle et sa morphologie le bâtiment doit être en harmonie avec le cordon dunaire et contribuer à l’accès aux plages ».

« Le projet se veut rayonnant par une approche ludique et thématique, traitée dans un esprit de divertissement ».

« Par son traitement, le projet doit participer à la valorisation du caractère naturel du site ».

Exprimé par l’explicite « like a bridge on a trouble water », traduit « comme un pont sur les idées reçues entre la France et l’Angleterre », le projet scénographique a servi de catalyseur et de liant entre deux volontés exprimées par le programme : le désir d’avoir un projet muséal urbain structurant et signifiant et la volonté d’intégration, voire d’assimilation d’un bâtiment par un paysage naturel remarquable.
Par sa forme et son organisation, le projet proposé satisfait ces deux désirs, une arche en dune sous laquelle le programme s’installe en rez-de-chaussée desservi par un espace traversant entre la ville et la plage.
C’est une dune habitée que l’on franchit, que l’on escalade, que l’on traverse et de laquelle émergent des volumes de béton comme autant de vestiges recouverts par le sable, pendants contemporains et pacifiques du bunker belliqueux de jadis.

« Allégorie du pont, le projet est une dune soutenue par un tablier enjambant une perspective miroir et symétrique de la France et de l’Angleterre »

Si par son plan le projet est un pont sur les relations franco-britannique, son volume et sa toiture seront pratiqués par les Ouistrehamais et leurs visiteurs.
La connexion des volumes en bas de pente avec les limites du terrain permet sur le parcours de la plage, par des accès et des circulations protégées, de traverser le bâtiment sans le contourner.

La toiture devient utile, un paysage dunaire jalonné par les volumes périscopes, une terrasse et un belvédère qui crée une promenade et se connecte avec le site du bunker, laissant ouverte une prolongation de la scénographie intérieure.

« Coté ville, un vaste parvis se reflète sur une façade incurvée qui guide et conduit naturellement le visiteur vers l’entrée »
Ce traitement matérialise une intégration urbaine exprimant un désir d’Identité et de présence, et une capacité à connecter le site de la plage avec ses équipements de loisirs, ses vestiges historiques et leurs dessertes.

« Coté plage, le panorama maritime se reflète et habille le projet d’une présence britannique que l’on devine derrière la ligne d’horizon ».
Ce traitement intègre le projet dans le panorama maritime, sans pour autant le dissimuler. C’est un projet furtif qui participe au paysage dunaire en devenant territoire dunaire.

Le programme muséographique
Ce nouveau centre d’interprétation n’est pas juste un autre musée de plus sur la guerre le long des côtes normandes. Le CRFB s’est donné une mission plus large et vise une présentation plus vaste et variée. Il traitera au-delà des évènements du D-Day et de la Seconde Guerre Mondiale, et replacera ces histoires dans le contexte plus large de l’histoire des relations franco-britanniques. Ce centre d’interprétation est donc un projet unique en France et en Grande-Bretagne, qui va explorer l’histoire et la culture commune des deux pays à travers le temps, et l’impact que chacun des deux pays a eu et continue d’avoir sur l’autre, ainsi que sur les évènements mondiaux. Ce n’est pas une histoire simple. Elle génère une multitude de thèmes et d’idées complexes, qui doivent être identifiés, organisés et rendus accessibles aux visiteurs. C’est aussi une histoire qui continue de s’écrire. Les évènements actuels et à venir continueront d’avoir un impact dans notre récit et l’exposition devra conserver une souplesse suffisante pour pouvoir évoluer.

La conception interprétative doit s’intégrer de manière parfaitement fluide dans le bâtiment et, dans ce cas, plutôt que de créer une série d’espaces ou de pavillons dans lesquels présenter l’exposition permanente, nous avons choisi de créer une seule vaste salle, une boîte noire, où la lumière et les conditions environnementales peuvent être maîtrisées avec soin afin de créer une expérience parfaitement cohérente et physiquement immersive pour les visiteurs, et dans laquelle les éléments audiovisuels vont pouvoir jouer un rôle de premier plan. La pièce unique rappelle l’étendue de la mer et notre exposition la traversera comme une série de vagues, que les visiteurs vont parcourir et traverser.

Les périscopes
Inspirés par le langage des bunkers et l’importance des vues sur la mer dans notre récit, trois grands périscopes se trouvent dans l’espace d’exposition, un dans chacune de nos zones thématiques. Ces périscopes constituent un lien essentiel entre l’exposition et le monde extérieur. Chacun encadre une vue correspondant à la thématique, apportant une image de la réalité extérieure dans l’expérience du visiteur. Depuis le périscope 1 dans la zone de la Culture, il y a une vue du ciel, ou sur le paysage de la ville très animée. Depuis le périscope 2, vers la fin de la zone du Conflit, il y a une vue sur le site du débarquement du D-Day. Depuis le périscope 3, à mi-chemin de la zone du Commerce, il y a une vue du port de ferries.
Ces périscopes sont un aspect essentiel de l’expérience du visiteur.

Le concept scénographique
Notre concept scénographique est de créer un paysage terrestre ou marin en 3D à travers des histoires. Suivant leur parcours, les visiteurs rencontrent des personnages à travers différentes périodes et vivent des évènements historiques d’une manière intense : de près et face à face. Pour y parvenir, nous nous sommes inspirés des panneaux de décors de théâtre : ces simples éléments de scénographie peuvent être utilisés de multiples façons en créant des perspectives intéressantes. Ils changent les perceptions, offrent des perspectives nouvelles et jouent avec le sens de l’échelle des visiteurs. Ils sont d’une grande souplesse, ils coulissent et peuvent donc être déplacés et réactualisés. Ils fonctionnent aussi bien comme un écran que comme une toile de fond ou peuvent constituer des points d’intérêt par eux-mêmes.
Cette approche montrant les deux aspects nous permet de jouer avec les comparaisons de présenter par paires les personnages et les événements, ainsi que les citations de l’époque, et d’en tirer souvent un effet humoristique.