Trait dans l’horizon

Le projet s’insère dans un site protégé, le cimetière du Père-Lachaise, sur le mur Ouest le long du boulevard Ménilmontant. Cette limite Ouest du mur du cimetière est hautement symbolique puisqu’elle sépare la ville des morts, le Père Lachaise et la ville des vivants, le boulevard. Le mur est un lieu signifiant pour l’implantation du Monument favorisant son rôle, celui de lien entre la vie et la mort par la mémoire.

Ici, nul monolithe accueillant la mémoire et le recueillement, mais une stèle horizontale qui s’affirme par rapport à la verticalité urbaine et les pentes du site, formées par le boulevard et l’arase du mur.
Tel un long plan séquence vécu par le marcheur le long du Père Lachaise, la minute de silence peut se transformer en 5 mn de marche pour accompagner les 94 415 noms des parisiens gravés sur la stèle horizontale, couleur bleu canon de fusil. D’ailleurs c’est bien l’impressionnante longueur de la liste des morts qui saisit avec cette longue marche, appelant ainsi au recueillement.
Implantée sur l’espace public, la mémoire est collective, honorée chaque jour par le flux des vivants qui passent, s‘arrêtent plus ou moins longtemps, vivent le long de cette stèle. Elle fait partie du quotidien des parisiens comme la crête des frontons des tombeaux, les cimes et futs alignées des arbres qui émergent du mur, côté cimetière.
En miroir avec l’arase du mur, au sol, un parvis linéaire le long du monument a été imaginé afin de donner un espace physique au recueillement, différent de l’espace public. Une ligne, un bandeau de l’intime qui permet de s’approcher, se recueillir au plus près du monument, toucher et lire les noms.
Séparé de l’enrobé du trottoir par une bordure, ce parvis linéaire est composé de dalles de granit enherbées dont le calepinage aléatoire se diffuse peu à peu, conquis par une végétation de type arbustes, vivaces et graminées.

Un trait suspendu à l’horizon

Le monument est un objet singulier en suspension à l’instar d’une simple plaque commémorative. Un monument dont les 272 mètres de long sur 1,34 mètre de haut symboliseront l’échelle du conflit et l’ampleur du sacrifice de 94 415 parisiens avec un double parcours, ponctué par deux épitaphes à chaque extrémité du monument :
Depuis la place A.Métivier, une première épitaphe qui ouvre le parcours avec une chronologie croissante 1914 à 1921. A l’autre bout, depuis l’entrée du Père Lachaise, une épitaphe qui ouvre sur les noms des 8000 disparus, dont les corps n’ont jamais été retrouvés.
L’ensemble chronologique s’étend jusqu’à 1921, pour que les noms des soldats blessés et morts de leurs blessures après la guerre, apparaissent sur ce mur monument.

Bleu horizon

L’épaisseur de la stèle est marquée par un pliage lui donnant 10cm d’épaisseur et son décalage du mur par une structure qui la suspendra à 50 cm de celui-ci. La couleur bleue, couleur canon de fusil, symbolise la France et la couleur de l’uniforme des soldats dites « bleu horizon ».
Cette couleur et ce décalage du site lui donne une insertion intemporelle, flottante, tel un horizon suspendu.

Ce nouveau monument aux Morts de Paris rompt volontairement avec le modèle monolithique du monument implanté sur l’espace public, interpellant ainsi, par cette horizontalité aux noms infinis, la mémoire de chacun. Projet crée par la Ville pour la ville, il favorise par ce parcours un hommage à nos morts, accessible à tous et inscrivant la mémoire dans le quotidien de la ville afin que personne n’oublie jamais l’horreur de cette guerre.