Le 11 novembre 2018, à l’occasion des commémorations du centenaire de l’Armistice, la Ville de Paris a inauguré son Monument aux Morts, afin d’honorer la mémoire des Parisiens disparus lors de la Grande Guerre de 1914-1918.

Premier Monument aux Morts parisiens de la Grande Guerre

En 1919, les élus parisiens ne parviennent pas à trouver le geste opportun pour rendre hommage aux très nombreux combattants parisiens morts sur le front. Ce sont les mairies d’arrondissement, les paroisses et les écoles qui érigent, localement, année après année, des monuments.

En 2006, le professeur historien Jean-Louis Robert missionné par la Ville de Paris, commence un travail minutieux de recensement des morts de la Grande Guerre, incluant les 8 000 disparus dont les corps n’ont jamais été retrouvés, tout comme les fusillés, les morts civils hommes et femmes tels que les infirmièr(e)s, les soldats morts de leurs blessures après la fin de la guerre.
En 2016 ce travail permet de créer un mémorial virtuel et sous l’impulsion de la Mairie de Paris, un projet d’un monument aux morts en hommage aux 94 415 disparus voit le jour. L’atelier d’architecture Philéas a été choisi pour asstister la maîtrise d’ouvrage et concevoir ce monument. Ce sont les services de la Ville qui le réalisent.

Trait dans l’horizon

Ce projet porté par la Ville de Paris pour la ville, s’implante sur le mur d’enceinte du cimetière du Père-Lachaise, boulevard Ménilmontant dans le 20e arrondissement, tel un trait d’union hautement symbolique entre le monde des morts, le Père Lachaise et le monde des vivants, le boulevard.

Avec ce monument horizontal de 280 m, suspendu sur le mur d’enceinte du cimetière, on entre ainsi dans la symbolique du trait dans l’horizon. Ce trait, cette ligne d’horizon de couleur bleue symbolise la France, l’uniforme « bleu horizon » des soldats, leurs armes aussi, bleu sombre, métal, bleu canon de fusil.
Objet singulier en suspension au-delà d’une simple plaque commémorative, la stèle en acier bleu composée de 150 panneaux alignés, est longue de 272 mètres sur 1,34 mètre de haut, symbolisant ainsi l’échelle du conflit et l’ampleur du sacrifice.
La monumentalité de la stèle, son horizontalité et l’aménagement du parvis au sol invitent au parcours, tel un recueillement. Ce parcours est ponctué à chaque extrémité du monument par l’épitaphe de Guillaume Apollinaire, lui-même mort de ses blessures le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice :

« Qui donc saura jamais que de fois j’ai pleuré
Ma génération sur ton trépas sacré »
Guillaume Apollinaire, 17 décembre 1915

Ce monument est ainsi une métaphore, une faille dans l’espace et le temps, un acte de mémoire portée par l’émotion du nombre. Il devient une sensation physique lorsque l’on parcourt les 94 415 noms inscrits sur les 280 mètres, où chaque signe est une vie broyée par la folie des hommes. C’est dans ce parcours que l’acte de mémoire réside. Instinctivement chacun cherchera, une connaissance, un parent, un homonyme, son propre nom, faisant du promeneur le témoin actuel de l’histoire passée.

Implantée sur l’espace public, la mémoire des disparus de la Grande Guerre est collective, honorée chaque jour par le flux des vivants qui passent, devenant ainsi mémoire vivante et héraut de la paix.